Un peintre suisse de l'ère moderne

Nature morte aux raisins, 1924, huile sur panneau de fibres dures, 38,5 x 46,5 cm (d.), 27 x 35 cm (en haut à d.)

Nature morte aux raisins, 1924

Dans « Nature morte aux raisins », André Evard crée un arrangement à l’apparence presque surréaliste, qui joue délibérément avec les conventions de la nature morte classique. Sur le côté droit de l’image se trouve un verre ; toutefois, une superposition transparente, semblable à une bulle, au centre de l’image, en brise la forme et la fait apparaître décalée et dédoublée.

La bulle centrale est flanquée de grappes de raisin fortement stylisées, rouge brun. D’autres fruits semblent flotter dans l’espace : une pomme rouge se trouve à l’intérieur de la bulle, tandis que des citrons jaunes donnent l’impression d’avoir été déposés dans le calice. L’ordre de la nature morte classique est aboli au profit d’une logique d’image surréaliste.

L’espace pictural présente une architecture volontairement incohérente. Une table à deux niveaux, sans pieds, ainsi que des formations murales indistinctes, qui ne peuvent être interprétées clairement ni comme des fenêtres ni comme des limites de la pièce, déstabilisent l’orientation spatiale. Evard se rattache ainsi à l’esthétique de la Pittura Metafisica, qui s’est développée entre 1910 et le début des années 1920, surtout en Italie (notamment à Ferrare et à Rome), et se caractérise par des espaces énigmatiques et des constellations d’objets à la logique onirique.

Le traitement des couleurs est dominé par des nuances fortement grisées. Seuls la pomme rouge et les citrons jaunes apportent des accents contrastés et rompent avec une palette par ailleurs assourdie.