Un peintre suisse de l'ère moderne

Rêve vert, 1969, gouache sur papier, 32,5 x 27 cm (R.), 10,6 x 14,8 cm (o. R.)

Rêve vert, 1969

L’œuvre Rêve vert d’André Evard (1876-1972), réalisée en 1969, présente un paysage paisible, à la fois vivant par sa structure, fortement dominé par la couleur verte. Exécutée à la gouache sur papier, l’image déploie un effet chromatique mat et velouté, où les tons paraissent plus plats et plus couvrants que, par exemple, à l’huile. Différentes nuances de vert – des teintes claires, presque pastel, jusqu’à des tons plus profonds et saturés – se superposent en zones horizontales et font naître un vaste paysage légèrement abstrait. Entre elles, des lignes et des contours sombres posent des accents, évoquant des silhouettes esquissées d’arbres, de collines et de nuages.
La représentation est nettement réduite et se situe entre suggestion et dissolution. Certains éléments, comme un arbre au premier plan ou des lignes de relief au loin, restent reconnaissables, mais perdent leur forme stable au profit d’un jeu rythmique de lignes et de surfaces. L’espace n’obéit pas à une perspective stricte ; il apparaît plutôt stratifié, presque comme des fragments de souvenirs d’un paysage. Il en résulte moins l’impression d’un lieu concret que celle d’une vision intérieure.
Sur le plan philosophique, l’image peut être interprétée comme l’expression d’une expérience de la nature silencieuse et contemplative. Le vert dominant renvoie traditionnellement à la croissance, au renouveau et au calme, mais aussi à une certaine distance au monde – comme un état de rêve où la réalité paraît familière et pourtant transformée. Le titre « Rêve vert » renforce cette lecture : le paysage ne semble pas réel, mais ressenti. Evard paraît ici moins représenter la nature extérieure qu’une disposition intérieure – un équilibre entre perception et mémoire. Ainsi, l’œuvre devient un espace discret et poétique, où nature et sensation se fondent de manière indissociable.